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Rapport de Jean-Thibaut Couvreur : l'experience du musee en ligne

juillet 2019

De janvier à juin 2019, GROUPE SOS Culture accueillait en résidence Jean-Thibaut Couvreur pour réaliser un travail de recherche sur la transformation numérique à l’œuvre dans le secteur culturel, en particulier dans les musées et les sites patrimoniaux.

GROUPE SOS Culture est aujourd’hui fier de présenter le fruit de l’étude de Jean-Thibaut Couvreur : L’expérience du musée en ligne – entre communication et médiation. Réalisée en partenariat avec Google Arts & Culture, et avec le soutien de l’agence d’ingénierie culturelle Le Troisième Pôle, le travail aborde la façon dont le numérique agit sur la performance des musées, notamment en matière de développement, de diversification et de fidélisation de leurs publics.

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3 questions à Jean-Thibaut Couvreur

jt couvreurQuel a été votre angle de recherche pour travailler sur le vaste sujet de la mutation numérique de la culture ? 

"Cette proposition de départ était un peu déconcertante, tant le champ des possibles était immense ! L’opportunité de répondre à cet appel à projet s’est faite naturellement, car mes expériences précédentes se trouvaient à la croisée des musées, du numérique et des politiques publiques, ce qui constituait justement le champ d’investigation proposé. Mon angle de recherche représente en quelque sorte une synthèse de mon parcours, depuis la start-up au sein de laquelle j’ai débuté ma carrière, jusqu’à mon expérience au Ministère de la Culture. Mon objectif était que cette recherche puisse être directement utile aux professionnels des musées. Le choix de mon sujet reposait aussi sur l’idée de combler un manque dans les recherches existant sur ces sujets.

L’angle précis que j’ai choisi est celui des visiteurs de musées. J’avais déjà, par le passé, fait le choix de ce type de sujets (ndlr : un mémoire de maîtrise en histoire sociale et culturelle de la France contemporaine soutenu sur le thème des visiteurs du musée du Louvre au XIXe siècle).

Mon point de départ a été la question suivante : comment la vocation des musées, celle de conserver et de transmettre les œuvres d’art au plus grand nombre, rencontre-t-elle le numérique ? Comment les deux combinés peuvent-ils faire qu’un maximum de gens entrent en contact avec des œuvres d’art ?

J’ai fait le choix de me concentrer sur l’expérience en ligne, c’est-à-dire la rencontre entre des individus et des œuvres d’art, en dehors des musées. Je voulais comprendre comment le numérique peut permettre de lever les barrières à la rencontre avec l’œuvre d’art.

Ainsi, une donnée mise en lumière par ma recherche m’a particulièrement surpris. Parmi les gens qui ne vont pas au musée, 80% déclarent avoir déjà vu une œuvre d’art en ligne. Cela montre qu’il y a un usage existant du numérique en rapport avec l’art et que les gens qui ne vont pas au musée ne sont pas des gens qui ne s’intéressent pas à l’art, bien au contraire !".

Comment avez-vous procédé pour réaliser votre travail de recherche ?

"La première étape a été d’affiner mon sujet de recherche en approfondissant ma connaissance de la littérature existant sur le sujet. J’ai ensuite procédé à des rencontres avec des professionnels, afin de vérifier que le sujet que je présentais était véritablement en adéquation avec leurs besoins. Ces entretiens ont d’ailleurs irrigué mes 6 mois de résidence. J’ai ainsi rencontré environ cinquante professionnels, parmi lesquels des directeurs, des responsables des publics, des responsables de la communication ou encore des responsables du numérique.

verbatimEnsuite, j’ai conçu et lancé deux enquêtes avec l’aide précieuse de Charlotte, chargée d’études à l’agence d’ingénierie culturelle Le Troisième Pôle (une structure de GROUPE SOS Culture) afin de recueillir des données inédites. La première enquête interrogeait des visiteurs plus ou moins habitués des musées. La seconde, plus inhabituelle, sur les non-visiteurs, pour comprendre quels étaient les freins à leur rencontre avec les œuvres d’art et les musées qui les abritent.

Les analyses croisées de ces deux enquêtes m’ont permis de mettre en exergue certains enseignements. En effet, peu de travaux existent qui analysent à la fois les publics et les non-publics. Mon ambition était donc d’envisager ces deux ensembles comme une seule et même population, à laquelle les musées cherchent à s’adresser.

L’accompagnement à la fois des équipes du GROUPE SOS Culture et des équipes de Google a constitué un véritable atout pour ma résidence. Ce contexte singulier, tout comme le lieu de travail qui m’était mis à disposition à FAR (un établissement du GROUPE SOS) a fait émerger un terrain propice à la recherche et à une émulation intellectuelle que je n’aurais peut-être pas eu la chance de rencontrer dans un autre environnement".

Pouvez-vous nous partager une donnée saillante mise en lumière par votre recherche ? 

musee"Une donnée qui me paraît clé et porteuse d’espoir est que 14 millions de Français seraient potentiellement prêts à aller au musée si ces derniers abordaient des sujets proches de leurs centres d’intérêt. Ma recherche a été l’occasion de revenir sur des disparités fondamentales que le numérique ne peut, à lui seul, résoudre. Le véritable enjeu de la démocratisation culturelle dans le champ muséal est l’éducation plus que le numérique, même si ce dernier est un formidable catalyseur de la communication envers les visiteurs habitués et dont les outils me passionnent, à titre personnel, en raison des possibilités qu’il offre au secteur culturel.

Ce chiffre montre qu’il existe un véritable intérêt pour l’art, ce qui est le fondamental et réjouissant ! Reste à trouver comment renouveler l’offre muséale pour l’adapter aux goûts de tous. Il me semble nécessaire d’abandonner l’idée sur laquelle ont été bâtis les musées au sortir de la Révolution française : trop longtemps, le musée a été attaché à l’image de « temple des savoirs », d’institution sérieuse dédiée à l’instruction du peuple.

Au modèle ancien du musée éducatif, je pense qu’il faut substituer un nouveau modèle, celui du musée lieu de vie, convivial, décloisonné, accueillant aussi bien une culture érudite que populaire, pourquoi pas, même, le musée festif".

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